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«Fresh», la Ghetto Movie Indé qui a tout changé

En 1994, le boom des films qui narrait le quotidien et la survie dans les ghettos était énorme. Le travail de qualité et le succès critique et public de Spike Lee ( Do the right thing) ou John Singleton ( Boyz n the hood ) ajoutés à l’explosion du rap à travers le monde ont fait de cette époque le cocktail artistique parfait.

Mais bien que tous ces films avaient un certain attractif ( la qualité de ceux-ci était tout de même assez inégale ), ils suivaient certains schémas et modèles qui ont commencé à se répéter. La recherche du succès se faisait plus à travers l’esthétique et les thèmes que pour un travail artistique vraiment profond et authentique.

Dans les années 90, il y avait beaucoup de cinéma de ghetto, mais presque tous les films racontaient la même chose.

Mais le petit miracle arriva ! C’est de la main d’un rookie comme Boaz Yakin (dont la filmographie finira par être pour le moins curieuse, voir étrange) viendrait un film simple qui nous en donnera plus avec moins. Ce fut peut-être en s’éloignant des clichés, des gangs, et de tout ce qui fonctionnait comme une revendication, le résultat beaucoup plus honnête, sincère, complexe et mieux exécuté. Il est évident qu’encore aujourd’hui les cinéphiles d’un certain âge, nous continuons encore à parler de ce petit chef d’oeuvre.

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Ce film est un formidable poème urbain, où un garçon haut de trois pommes évolue déjà dans le gouffre du trafic de drogue. Comme dans une symphonie inquiétante, Fresh grandit dans la contemplation du mal, acquérant les clés du « game », dans ce jeu d’échecs grandeur nature qu’il arrive à dominer avec les mots et.le silence, en passant par toutes les étapes possibles du mal; du détachement, de l’amitié et de l’amour.

Fouetté par la réalité, il décide d’entreprendre, un voyage contre « le mal » auquel il participe lui-même, en nous prenant comme témoin de son évolution à l’écran après qu’il ai joué pour la première fois aux échecs avec son père. Un homme qui délire sur son improbable grandeur dans l’univers des échecs et ayant abandonné tout espoir, lui restant l’illusion d’avoir été l’ami et le prétendant des grands maîtres d’échecs.

Amis, parents, maudits et lâches défilent, pendant que Fresh, stimulé par la précision diabolique des échecs ( « ne jamais déplacer cet échiquier nulle part » ), y installe son jeu jusqu’a ce qu’il place les pièces de telle sorte qu’à la fin de tout… Tous meurent et il sait qu’il est seul dans sa rue, cherchant silencieusement de manière absente la main de son père perplexe.

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Les larmes rétrospectives avec lesquelles le garçon voit ce monde et le regard spectaculaire de son père, effrayé par la démonstration finale de Fresh, constituent une image de notre temps, une vision impitoyable et tendre de la solitude urbaine à laquelle nous sommes tous voués, d’une manière ou d’une autre, petits dealers et habitants occupés à une réalité dont la hâte effrénée constitue un adieu en soi.

Fresh explique un état du monde et nous réconcilie avec le cinéma comme œuvre d’art, comme littérature en mouvement et grâce à sa capacité à montrer avec la simplicité des éléments de la rue l’autodestruction de notre humanité. C’est dans cette explication du monde que réside la beauté du cinéma, son utilité et son sens, et pour cela cela vaut la peine qu’ils durent un siècle de plus.

Et que s’est-il passé après les larmes de Fresh ? Le film s’arrête là, et c’est là que l’imagination blessée fait ses victimes, car nous savons que la réalité commence aussi là, sur cette frontière où il n’y a plus de place pour plus de destruction ou peut-être encore de place pour tout, la fin de l’enfance et le début de l’autre jeu diabolique que les échecs n’expliquent plus.

La dignité, la capacité de rêver, de croire en l’avenir et de ne pas se laisser aller aux contraintes de nos vies. L’article est fini. Cela me donne envie de sortir à la rue pour chercher la pièce perdue de ce jeu d’échecs auquel tant de gens jouent seuls.

Benjamin Blanco – Live Sensei

« Fresh » en streaming

Malheureusement, le fillm n’est disponible sur aucun service de streaming, bien qu’une recherche rapide sur Google vous aidera à savoir où regarder « Fresh » en ligne.

Directeur : Boaz Yakin
Scénariste : Boaz Yakin
Casting : Sean Nelson, Giancarlo Esposito, Samuel L. Jackson, Ron Brice, José Zúñiga, Luis Lantigua, N’Bushe Wright

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Article original du site Live Sensei

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