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La réinvention de l’identité nomade

Si on se réfère au dictionnaire, on apprend que le nomadisme est un « Mode de vie, mais également un mode de production, fondé sur le déplacement régulier et continu des populations ». Les nomades, par opposition aux sédentaires, étaient autrefois ravalés à un rang inférieur. Mais les temps ont changé et le mot a pris une nouvelle dimension, plutôt philosophique, innovante même.

Autrefois, les nomades, souvent dénigrés, n’étaient pas toujours associés à la liberté et à l’autonomie. Le terme qui avait une connotation plutôt péjorative était autrefois employé par les colonisateurs pour traiter les groupes étrangers de primitifs et de barbares.

En 1980, les philosophes français Gilles Deleuze et Félix Guattari ont réinventé le sens du nomadisme. Une autre acception est née faisant l’apologie de ce concept, restituant la valeur souvent ignorée de ces nomades. On avait assisté à la naissance d’un nouveau concept philosophique, la nomadologie, le terme lui-même est un néologisme. Dans leur livre « Mille Plateaux », les deux écrivains avaient développé une manière de penser nomade qui définit le nomadisme comme transfrontalier, antirationnel et non conformiste, libertaire. Les nomades de Deleuze et Guattari sont créatifs et révolutionnaires ; leur pensée contraste avec la pensée nationale. En un mot, la nomadologie est une philosophie qui magnifie la vie des nomades.

Gilles Deleuze et Félix Guattari

Comment est né alors le nomadisme numérique ?

Le terme « Nomade digital » a vu le jour en 1997. C’était le titre d’un livre écrit en collaboration par l’écrivain américain David Manners et l’informaticien et ingénieur japonais Dr Tsugio Makimoto.

Les deux auteurs préconisent un monde que les nouvelles technologies de communication vont changer, révolutionner. De nouvelles communautés de travailleurs à distance et mobiles vont naître, qu’ils désignent par « nomades numériques ».

Aujourd’hui, l’expression nomade numérique est surtout employée pour désigner des travailleurs généralement jeunes, dont la majorité est constituée d’Occidentaux. Ces nomades forment en quelque sorte une avant-garde, qui vise à narguer les normes de la société. Grâce à une connexion Internet performante et à un équipement informatique, cette élite numérique est en mesure de travailler où qu’elle soit dans le monde.

Bien plus encore, le nomadisme digital est devenu une notion marketing profondément idéalisée, et empreinte d’une grande valeur. Un nombre incalculable d’e-books, de podcasts et de cours en ligne envahissent le web et prodiguent des conseils, procurent des informations et encouragent toute personne qui montre de l’intérêt pour la vie nomade. Les événements numériques nomades à l’instar des festivals DNX ou la croisière Nomad séduisent chaque année un nombre de plus en plus croissant de participant, en vendant le rêve du travail à distance.

Plus le mouvement prend de l’ampleur, plus il évolue. Alors que les précurseurs du nomadisme numériques aspiraient à vivre le rêve de la « semaine de travail de quatre heures », en recourant au géo-arbitrage et aux pratiques d’externalisation à peu de frais pour bâtir leurs empires en ligne, un nombre de plus en plus croissant de nomades commencent à prendre conscience de leur réalité et se disent prêt à prendre leurs responsabilités sociales, à s’impliquer dans la vie locale.

Des mouvements comme Nomads Giving Back et Social Nomads s’évertuent à découvrir des moyens grâce auxquels les nomades numériques pourront participer réellement et s’impliquer par des actions bénévoles dans leurs communautés et sociétés de destination à travers le monde.

Actuellement, les nomades numériques sont des professeurs de langues en ligne, des assistants virtuels, des graphistes, des coachs de vie, des professionnels du marketing en ligne, des consultants et des développeurs en quête d’un mode de vie différent et varié. Le nomadisme numérique n’est plus limité à un simple modèle de mouvement : il est devenu un état d’esprit qui englobe la liberté, l’indépendance et l’autonomie. Vu sous cet angle, il est plutôt perçu comme une remise en question des normes et valeurs sociétales (de travail) communes.

Tout indique que le nomadisme numérique est un phénomène qui va se perpétuer. L’enjeu pour les années à venir est de trouver les moyens susceptibles de faire du nomadisme numérique une alternative de style de vie constant, fait pour durer, et non seulement destiné à une élite occidentale déjà très avantagée.

Mais d’un autre côté, il est essentiel que les gouvernements du monde entier, qui sont aux prises avec une réalité du travail de plus en plus itinérante et numérique, trouvent des moyens permettant en même temps de tirer avantage du nomadisme numérique et de réduire ses risques. Les solutions qu’ils vont déceler vont certainement influencer la forme que va prendre plus tard la main-d’œuvre mondiale.

Article original du site Live Sensei

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